
La ville d’Akobo, dans l’est du Soudan du Sud, s’est vidée de ses habitants en quelques jours. Des centaines de milliers de civils ont fui les combats opposant les forces gouvernementales et l’opposition, transformant cette zone déjà fragile en nouveau foyer de crise humanitaire.
Située dans l’État de Jonglei, la ville d’Akobo est traditionnellement contrôlée par l’opposition armée. Dans un communiqué, celle-ci affirme avoir procédé à une « évacuation stratégique » de la ville afin d’attirer les forces gouvernementales et leurs alliés dans un piège.
Selon l’opposition, ses combattants ont ensuite lancé une contre-attaque mardi, infligeant une « défaite » à l’armée.
Le mouvement assure par ailleurs conserver le contrôle du siège du comté, démentant l’annonce préalable de l’armée qui affirmait avoir réinstallé le commissaire « légitime » de la région.
La tension était déjà montée d’un cran vendredi lorsque l’armée sud-soudanaise a ordonné aux organisations humanitaires étrangères d’évacuer la ville avant une offensive destinée à reprendre Akobo. Peu après, de violents affrontements ont éclaté dans plusieurs quartiers.
Face à l’intensification des combats, près de 200 000 habitants ont fui vers Tiergol, une localité proche de la frontière éthiopienne. Selon une source citée par l’AFP, cette ville ne dispose d’aucune organisation non gouvernementale capable de fournir une aide humanitaire, laissant les déplacés dans une situation extrêmement précaire.
Les communications limitées rendent par ailleurs difficile la vérification précise des événements sur le terrain. Si les Nations unies ont choisi de rester à Akobo, certaines organisations ont été contraintes de se retirer. Médecins sans frontières a ainsi annoncé avoir quitté la ville samedi, dénonçant le pillage de ses structures médicales durant le week-end.
Depuis son indépendance en 2011, le Soudan du Sud peine à sortir de l’instabilité. L’accord de partage du pouvoir signé en 2018 entre le président Salva Kiir et son rival Riek Machar avait permis une accalmie fragile. Mais depuis le début de l’année 2025, cet arrangement politique s’est progressivement effondré, ravivant les affrontements dans plusieurs régions du pays.
À Akobo, les armes parlent de nouveau plus fort que les promesses de paix. Et pour des dizaines de milliers de familles désormais entassées aux portes de l’Éthiopie, la priorité n’est plus la politique, mais simplement la survie.
