Dans une société tchadienne en pleine mutation, les frappeurs de tam-tams et les joueurs de balafon ne sont pas de simples musiciens. Ils sont les conservateurs vivants d’un héritage ancestral. Par leurs rythmes, leurs gestes et leur transmission, ils contribuent à maintenir vivantes les traditions, renforcent la cohésion sociale et rappellent à la jeunesse ses racines culturelles.
Au cœur des cérémonies traditionnelles tchadiennes, les mariages, funérailles, rites initiatiques, fêtes de récolte, résonnent des sons profonds et vibrants : ceux des tam-tams et des balafons. Ces instruments millénaires incarnent l’âme des peuples tels que les Sara, les N’gambaye, les Baguirmi et d’autres ethnies du pays.
Le balafon, notamment chez les N’gambaye du sud du Tchad, est beaucoup plus qu’un instrument de divertissement : c’est un symbole identitaire. Traditionnellement réservé aux cours royales ou aux anciens de lignées nobles, il servait à médiatiser les conflits et à rassembler les communautés. Aujourd’hui, il continue d’accompagner les temps forts de la vie, des cérémonies religieuses aux souvenirs familiaux , tout en jouant un rôle de passerelle entre les générations.
Quant aux tam-tams, ou large tambour, ils occupent une place centrale dans le répertoire percussionniste tchadien. Dans la plupart des groupes ethniques, ces tambours rythment les danses, marquent le tempo des chants et ponctuent les rites sociaux. Les battements sont porteurs de sens. Selon les circonstances, ils peuvent appeler à la célébration, signaler le deuil, ou même servir à la communication symbolique entre vivants et ancêtres.
Les joueurs de balafon et les tambourinaires (frappeurs de tam-tam) sont souvent des maîtres formés depuis leur plus jeune âge, héritiers d’un savoir-faire ancestral. À travers leur art, ils transmettent les codes rythmiques, les techniques de fabrication des instruments, mais aussi les récits et les chants qui leur sont associés.
Un joueur de balafon, Djasrabé Esaï raconte qu’il a commencé à jouer le balafon à l’âge de 10 ans. Il le joue pendant les cérémonies. « Depuis mon enfance, je joue le kundu dans les cérémonies telles que les mariages, baptêmes, installations des chefs religieux et même dans les églises. C’est un honneur ; je sais que je porte la voix de mes ancêtres. », a-t-il raconté.
Une tambourinaise, Yankiguem Rosine, engagée dans un groupe local, confie : « Lorsque je frappe le tam-tam pendant les danses de mariage, je sens que j’aide à raconter l’histoire de mon peuple. Les jeunes dansent, les aînés sourient, et je sais que ce rythme ne mourra pas tant que nous continuerons .»
Dans les églises et centres culturels tchadiens, l’enseignement musical inclut des instruments traditionnels comme le balafon et le tam-tam, pour initier les enfants à leurs racines culturelles dès le plus jeune âge. Par ce biais, la musique devient un vecteur d’éducation identitaire, renforçant le lien entre la jeunesse et leur héritage.
Le balafon tchadien a même été offert au Musée panafricain de musique, symbolisant non seulement sa valeur culturelle, mais aussi son importance comme patrimoine immatériel tchadien au-delà des frontières.
Les frappeurs de tam-tams et les joueurs de balafon ne sont pas de simples artistes. Ils sont les gardiens d’un trésor immatériel. À travers eux, le Tchad préserve une mémoire collective, renoue avec ses traditions et dessine une voie pour les prochaines générations. Dans un monde en perpétuel changement, leur art résonne comme un rappel puissant . La modernité peut s’appuyer sur le passé, et la tradition peut vibrer à l’unisson du futur.
