Le Tchad au carrefour des audaces : décrispation politique et l’impératif du genre

À la veille de la commémoration de la 66 ème anniversaire de l’indépendance du Tchad, le président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, a posé un acte politique d’une portée considérable. En concrétisant la grâce présidentielle promise, le chef de l’État a ouvert les portes des prisons aux figures majeures de l’opposition.

Parmi elles figurent les leaders de l’ex Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP) ainsi que le président du parti Les Transformateurs, Succès Masra. Cet élargissement, salué par la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), insuffle un vent de décrispation nécessaire au pays. Elle replace également les pions d’un échiquier politique en pleine reconfiguration, alors que les rumeurs d’un remaniement ministériel imminent bruissent dans tous les états-majors de N’Djamena.

Cette libération des opposants marque-t-elle le prélude d’une gouvernance plus inclusive ? Si le geste royal soulage les états-majors politiques, la véritable transformation du paysage républicain se jouera sur un autre front : celui de la représentativité. Alors que les tractations de coulisses s’intensifient pour dessiner la future équipe gouvernementale, une exigence sociétale majeure s’impose. Il s’agit de l’intégration massive et significative des femmes aux instances de décision, au-delà des simples effets d’annonce ou des strapontins protocolaires.

Le Tchad de la Vᵉ République ne peut plus faire l’économie d’une parité réelle. Si l’histoire récente a montré des avancées, notamment avec le quota de 30 % sur les listes électorales et la présence renforcée de femmes au Parlement, le pouvoir exécutif doit encore transformer l’essai. Accorder une place considérable aux femmes dans la prochaine configuration gouvernementale ne relèverait pas de la charité politique. C’est un impératif d’efficacité pour répondre aux crises socio-économiques aiguës qui secouent notre tissu national.

Qu’il s’agisse de piloter la gestion des crises humanitaires aux frontières, de mener la guerre frontale contre l’explosion des violences basées sur le genre (VBG) ou d’insuffler une dynamique moderne à l’économie nationale à l’ère de l’expansion du numérique, les élites féminines Tchadiennes sont prêtes et indispensables. En associant la décrispation politique, matérialisée par la libération de Succès Masra et des cadres du GCAP, à une audacieuse féminisation des postes régaliens, le pouvoir poserait les jalons d’un Tchad résolument moderne, équilibré et réconcilié avec lui-même. Le temps des calculs partisans doit céder la place au temps du courage institutionnel.

La rédaction !

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