
Dans plusieurs marchés et le long des principales artères de N’Djamena, les agents municipaux procèdent régulièrement au déplacement des marchandises, des sacs de céréales et même des moutons exposés par les commerçants. Si les autorités justifient ces interventions par la nécessité de libérer les espaces publics et de fluidifier la circulation, les vendeurs dénoncent des pertes économiques et réclament des solutions durables.
Depuis plusieurs jours, les scènes se répètent dans différents marchés et aux abords des routes goudronnées de la capitale tchadienne. Des agents municipaux enlèvent ou déplacent les marchandises installées sur les trottoirs, les sacs de céréales entreposés au bord de la chaussée ainsi que les moutons exposés à la vente, dans le cadre des opérations de libération des espaces publics.
Pour les autorités municipales, ces interventions visent à faire respecter les règles d’occupation du domaine public. Elles expliquent que l’installation anarchique des étals sur les trottoirs et le long des voies principales constitue un obstacle à la circulation des piétons et des véhicules, augmente les risques d’accidents et nuit à l’image de la ville.
« Notre mission est de faire respecter les textes et d’assurer un cadre de vie plus sain et plus sécurisé pour tous. Ces commerçants occupent illégalement l’espace de l’État. », soutiennent plusieurs agents municipaux. Ils rappellent que les commerçants ont été sensibilisés à plusieurs reprises et invités à rejoindre les espaces aménagés à cet effet.
Du côté des commerçants, le sentiment est tout autre. Beaucoup disent comprendre la nécessité de maintenir l’ordre dans la ville, mais regrettent les méthodes employées. Certains affirment que le déplacement brusque de leurs produits entraîne des pertes financières importantes, notamment pour les denrées alimentaires et les animaux destinés à la vente.
« Nous voulons travailler dans la légalité, mais les places disponibles dans les marchés sont insuffisantes ou peu fréquentées par les clients. En nous éloignant des grands axes, nous perdons une grande partie de nos revenus », témoigne Saleh, un vendeur de céréales.
Les commerçants de bétail partagent également cette inquiétude. Selon eux, le transport répété des moutons peut les stresser ou les blesser, réduisant ainsi leur valeur marchande. Ils appellent les autorités à privilégier le dialogue et à mettre en place des espaces de vente adaptés avant toute opération de déguerpissement.
Plusieurs observateurs estiment qu’une meilleure concertation entre les municipalités et les associations de commerçants permettrait de trouver un équilibre entre le respect de l’ordre public et la préservation des activités économiques qui font vivre des milliers de familles à N’Djamena.
Face aux enjeux d’urbanisation et d’organisation des espaces commerciaux, la recherche de solutions concertées apparaît comme une nécessité. Entre le souci des autorités de maintenir une ville ordonnée et celui des commerçants de préserver leurs moyens de subsistance, le dialogue pourrait constituer la clé d’une cohabitation harmonieuse au service du développement de la capitale tchadienne.
