
À l’est du Tchad, des silhouettes épuisées franchissent chaque jour la frontière, fuyant la guerre, la faim ou le désespoir. En 2026, la migration n’est plus un simple phénomène; elle est devenue une urgence humaine qui redessine le quotidien de milliers de familles.
Le Tchad se retrouve aujourd’hui au cœur d’un tourbillon migratoire complexe. À la fois terre d’accueil, zone de transit et pays de départ, il subit de plein fouet les conséquences des crises régionales, notamment la guerre au Soudan voisin. Dans les provinces de l’Ennedi-Est et du Wadi Fira, l’afflux de réfugiés soudanais ne cesse de croître, plaçant une pression considérable sur des ressources déjà limitées.
« Nous avons fui les bombardements à El-Geneina. Nous avons marché pendant des jours sans eau ni nourriture. Ici, nous sommes en sécurité, mais la vie reste très difficile », confie Aïcha, une mère soudanaise de 34 ans rencontrée dans un camp de réfugiés à l’est du pays.
Mais la crise ne se limite pas aux réfugiés. Les populations tchadiennes elles-mêmes sont contraintes de se déplacer. L’insécurité frontalière, marquée par des incursions de groupes armés, oblige de nombreux villages à abandonner leurs terres. À cela s’ajoutent les effets dévastateurs du changement climatique. La sécheresse persistante fragilise l’agriculture et l’élevage, principales sources de subsistance.
« Avant, je cultivais le mil avec mon père. Aujourd’hui, la terre est sèche, il n’y a plus de récolte. J’ai dû venir en ville chercher du travail », explique Mahamat, un jeune de 22 ans originaire du Wadi Fira.
La crise alimentaire s’aggrave, notamment dans l’est du pays, où plusieurs zones sont classées en phase de crise. Cette situation pousse de nombreuses familles à migrer dans l’espoir de survivre. Parallèlement, la recherche d’opportunités économiques reste un moteur majeur : près de la moitié des déplacements sont liés à la quête d’un emploi.
Dans la région du Lac Tchad, l’insécurité persistante continue également de provoquer des déplacements massifs. « Nous avons fui la nuit à cause des attaques. Nous avons tout laissé derrière nous », raconte Halima, déplacée interne installée à Bol.Les conséquences de ces mouvements sont lourdes. L’afflux massif de réfugiés accentue la crise humanitaire et aggrave l’insécurité alimentaire.
Dans certaines localités, les réfugiés représentent plus de la moitié de la population, mettant à rude épreuve les services de santé, les écoles et l’accès à l’eau.Face à la détérioration sécuritaire, le gouvernement tchadien a même décidé de fermer sa frontière avec le Soudan en février 2026, après des attaques de milices armées.
Une décision qui, si elle vise à protéger le territoire, complique davantage la gestion des flux migratoires.Par ailleurs, la migration irrégulière gagne du terrain. De nombreux jeunes, confrontés au chômage, tentent de rejoindre l’Afrique du Nord ou l’Europe, au péril de leur vie. « Je préfère mourir en route que de rester sans avenir ici », lâche Moussa, 27 ans, candidat au départ vers la Libye.
Pour faire face à cette situation, les autorités tchadiennes, avec l’appui de partenaires internationaux, ont mis en place un plan de réponse pour les réfugiés (2026-2027) et un plan national de lutte contre la traite des personnes. Des initiatives essentielles, mais encore insuffisantes face à l’ampleur de la crise. Entre conflits, climat et pauvreté, la migration au Tchad en 2026 raconte avant tout des histoires de survie.
Derrière les chiffres, ce sont des vies brisées ou en suspens, des espoirs fragiles accrochés à l’idée d’un lendemain meilleur. Dans ce contexte, une question demeure : combien de temps encore ces populations pourront-elles tenir face à une crise qui semble ne jamais finir ?
