
La décision d’exclusion définitive de dix élèves du Lycée Technique Commercial de Moundou continue de susciter des réactions au sein de l’opinion publique. Dans un communiqué rendu public, ce vendredi 15 Mai 2026, la Ligue Tchadienne des Droits des Femmes (LTDF) exprime sa vive inquiétude face aux conséquences de cette sanction sur l’avenir des adolescentes concernées et appelle les autorités à privilégier des mesures éducatives et de réinsertion plutôt qu’une répression définitive.
Au lendemain de la publication de la note circulaire N°0021/LETCOM/2026 du 13 mai 2026 portant exclusion définitive de dix élèves pour des publications sur les réseaux sociaux jugées contraires aux valeurs de leur établissement, la Ligue Tchadienne des Droits des Femmes (LTDF) monte au créneau. L’organisation estime que cette affaire dépasse le simple cadre disciplinaire et soulève des questions profondes liées à la protection des mineurs, à l’éducation numérique et au droit des jeunes filles à une seconde chance.
Dans son communiqué, la LTDF reconnaît la nécessité de maintenir la discipline dans les établissements scolaires, tout en rappelant que toute sanction infligée à des élèves doit rester « proportionnelle, éducative et conforme aux droits fondamentaux des enfants ». Selon l’organisation, les règlements intérieurs des établissements scolaires tchadiens prévoient généralement des sanctions graduelles allant de l’avertissement à la suspension temporaire avant toute exclusion.
Pour la Ligue, cette exclusion définitive risque d’avoir des conséquences lourdes sur les adolescentes concernées. Elle évoque notamment les impacts psychologiques, sociaux et éducatifs susceptibles d’entraîner le décrochage scolaire, la stigmatisation, la précarité ou encore les mariages précoces.
La LTDF rappelle également que la Constitution tchadienne et les conventions internationales ratifiées par le Tchad, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant, imposent la prise en compte de « l’intérêt supérieur de l’enfant » dans toute décision touchant un mineur. L’école, souligne-t-elle, doit rester un espace d’accompagnement et de correction, et non uniquement de répression.
Au-delà du cas des dix élèves, l’organisation pointe du doigt l’absence d’une véritable éducation au numérique dans les établissements scolaires tchadiens. Selon elle, de nombreux jeunes utilisent les réseaux sociaux sans accompagnement adapté sur les dangers d’internet, le cyberharcèlement, la protection de la vie privée ou les conséquences juridiques des contenus diffusés en ligne.
Face à cette situation, la LTDF interpelle le ministère de l’Éducation nationale afin qu’une clarification soit apportée sur les bases juridiques de cette exclusion et que le règlement intérieur invoqué soit rendu public. Elle appelle aussi à l’ouverture d’une réflexion nationale sur les sanctions appliquées aux mineurs en milieu scolaire.L’organisation recommande par ailleurs des alternatives à l’exclusion définitive, notamment l’accompagnement psychosocial, la médiation scolaire, les travaux éducatifs ou encore la réorientation pédagogique.
Pour elle, « punir après un scandale ne suffit pas lorsque la prévention a été absente pendant des années ».Elle interpelle également les parents et l’ensemble de la société tchadienne sur leur responsabilité dans l’encadrement des adolescents à l’ère du numérique. Elle déplore que les débats publics autour de telles affaires se transforment souvent en « lynchage moral », particulièrement lorsque des adolescentes sont impliquées.
Enfin, l’organisation demande au ministère de la Femme et de la Protection de la Petite Enfance d’assurer un accompagnement psychosocial des élèves concernées afin de prévenir les risques de violences, d’humiliation publique et d’abandon scolaire.
