
Depuis quelque temps au Tchad, une grande partie des débats politiques et médiatiques semble s’éloigner de l’essentiel pour se concentrer sur le sensationnel, l’émotionnel et les clivages identitaires.
Quand la politique n’a plus d’arguments, elle exploite les sentiments. Et les médias non vigilants se laissent emballer dans cet émotionnel. Il existe une forme de politique qui demande beaucoup moins d’efforts : il s’agit de jouer avec la foi, la tribu, l’origine, le régionalisme et les émotions des citoyens, plutôt que de répondre aux véritables problèmes de la société.
Lorsque les hommes politiques n’ont plus de bilan à défendre, plus de projet crédible à présenter et plus de résultats à montrer, ils cherchent mieux à détourner le débat. On ne parle plus d’emploi, d’éducation, de santé, d’eau, d’énergie, d’agriculture, d’injustices, d’infrastructures, de sécurité ou du coût de la vie mais on parle de religion, d’ethnie, de région et d’appartenance. C’est une facilité dangereuse.
Il est facile de convaincre ou d’influencer une personne en jouant sur sa foi, surtout lorsqu’elle est vulnérable. Il est facile de lui dire : « sois avec moi parce que nous sommes de la même religion », alors qu’elle manque de travail, qu’elle ne peut pas soigner son enfant ou qu’elle ne sait pas comment nourrir sa famille ni se nourrir elle-même.
Pourtant, la foi ne crée pas à elle seule des emplois. L’ethnie ne construit pas une école ni une route. Le régionalisme ne soigne pas un malade. Et les slogans ne remplissent pas une assiette.
Le citoyen doit donc apprendre à poser les vraies questions : Qu’avez-vous fait ? Que proposez-vous concrètement ? Quels résultats pouvez-vous obtenir ? Comment comptez-vous améliorer concrètement nos conditions de vie ?
« J’ai été confronté à cette réalité lors des élections législatives de 2024. Face aux tentatives de manipulation fondées sur l’ethnie ou la religion, la population avait donné une réponse simple : nous choisirons ceux qui travaillent pour nous, indépendamment de leur origine ou de leur religion. Cette éducation donnée à la population était notre force.
C’est aussi cela, la maturité démocratique : ne plus demander « Est-il des nôtres ? », mais plutôt : « Qu’a-t-il fait pour nous et que fera-t-il pour le pays ? »
COMMENT CONSTITUER LE GOUVERNEMENT ? COMMENT FAIRE PASSER LA COMPÉTENCE AVANT LE CLIENTÉLISME ET LE NÉPOTISME ?
Le Tchad doit également repenser sa manière de constituer son gouvernement.
Un poste ministériel ne devrait être ni une récompense politique, ni familiale, ni ethnique, ni régionale, ni confessionnelle. C’est une responsabilité nationale.
Le Tchad doit passer : du clientélisme à la méritocratie, des réseaux à la compétence, des promesses aux résultats, du gouvernement de récompense ou des accords opaques au gouvernement de performance et de transparence.
Il faut créer un véritable vivier national de compétences, ouvert à tous les Tchadiens : juristes, médecins, ingénieurs, économistes, agronomes, entrepreneurs, universitaires, financiers, diplomates, administrateurs et talents de la diaspora.
Pour chaque ministère, les meilleurs profils qui doivent être sélectionnés doivent l’être sur la base de la compétence, de l’intégrité, de l’expérience et de la capacité à produire des résultats, puis soumis à un véritable contrat de performance.
A chaque poste ministèriel, tout citoyen doit pouvoir postuler. Sur 1 000 ou 20 mille candidats, une commission indépendante doit sélectionner par méritocratie. Et chaque 03 mois, on doit évaluer le Ministre. En cas de non atteinte des objectifs, un autre est sélectionné. Le Tchad doit créer son modèle type que peuvent copier même les pays occidentaux qui semblent être considérés comme des modèles.
