
Le Réseau des Organisations Féministes et Féminines du Tchad a tenu un point de presse au siège de l’AFLADEGT, à Chagoua, dans le 7ᵉ arrondissement de N’Djamena, pour alerter l’opinion publique sur la recrudescence des violences faites aux femmes et aux filles à travers le pays.
Face à la multiplication des cas de féminicides, de violences sexuelles et conjugales, de mariages forcés, ainsi que d’autres formes de violences basées sur le genre, le Réseau entend porter une voix collective pour attirer l’attention sur l’urgence de la situation.
Les organisations féministes appellent le ministère en charge de la Femme à renforcer son leadership institutionnel et à traduire les déclarations publiques en actions concrètes, mesurables et durables.
Parmi leurs principales revendications figurent la création d’un fonds d’urgence destiné à l’assistance aux survivantes ainsi que la mise en place d’un cadre permanent de dialogue entre le gouvernement et les organisations féministes.
« Nous demandons notamment la création d’un mécanisme national de suivi des cas de féminicides et des violences extrêmes faites aux femmes, ainsi que le renforcement des centres d’écoute et des services d’assistance psychosociale et juridique sur l’ensemble du territoire », exhorte Wouténé Mélissa, présidente de l’Association des féministes leaders pour l’accès aux droits et à l’équité du genre fondamentaux au Tchad.
De son côté, la présidente de l’Association pour l’épanouissement de la femme, Negob Adeline, interpelle le ministère de la Justice sur la nécessité de garantir l’ouverture systématique d’enquêtes en cas de féminicide, de viol ou de violences graves. Elle appelle également à accélérer le traitement judiciaire des dossiers et à assurer une protection effective aux survivantes et aux témoins.
« Il faut former les magistrats, les officiers de police judiciaire et les auxiliaires de justice à la prise en charge des violences basées sur le genre et publier chaque année un rapport sur les poursuites engagées et les condamnations prononcées dans les affaires de violences faites aux femmes. L’impunité demeure l’une des principales causes de la répétition des violences. Là où la justice est absente, les agresseurs se sentent protégés », affirme Negob Adeline.
Pour sa part, Meram Mahamat Mourba, coordinatrice du Réseau des filles et femmes médiatrices sociales, recommande au gouvernement de renforcer l’éducation à l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que les mécanismes d’assistance juridique gratuite au profit des survivantes. Elle préconise également l’intégration de modules consacrés aux violences numériques dans les programmes scolaires et universitaires.
« Nous ne voulons plus compter les victimes. Nous voulons voir des politiques efficaces, des budgets dédiés, des enquêtes ouvertes, des procès équitables et des condamnations exemplaires. Le silence protège les agresseurs. L’action protège les femmes », souligne Meram Mahamat Mourba.
Au-delà des mesures institutionnelles et judiciaires, les organisations féministes insistent sur l’importance d’une implication accrue des leaders communautaires, traditionnels et religieux dans la prévention des violences. Selon elles, leur engagement peut contribuer à sensibiliser les communautés, à briser le silence autour des violences et à favoriser une véritable évolution des normes sociales.
